Le mystère de la Chambre en Jaune de Gaston Leroux

Présentation :

Auteur: Gaston Leroux

Genre: Policier

Date: 1907

Série : tome 1 des aventures de Rouletabille

Édition: Folio Junior

Résumé : (celui de l’éditeur cette fois)

Alors qu’elle s’était enfermée à double tour dans sa chambre, Mathilde, la fille du célèbre professeur Stangerson, est victime d’une terrible agression. Et pourtant, la pièce était barricadée comme un coffre-fort ! Par où l’assassin a-t-il bien pu s’enfuir ? Frédéric Larsan et le jeune Joseph Rouletabille, journaliste et détective en herbe, mènent l’enquête.

Avis :

Après la lecture du Peigne noir de Nibur d’Alix d’Angalie, j’avais besoin de quitter le fantastique et de revenir sur terre, je me suis donc tournée vers un policier et plus précisément un classique du genre. Quand j’ai lu le résumé du Mystère de la Chambre Jaune, je me suis jetée sur ce livre. Un meurtre (tentative de meurtre pour être exact) dans une chambre hermétiquement fermée de l’intérieur, voilà qui m’a intrigué. Grande fan des intrigues dites « de chambre close », j’ai commencé ma lecture sur-le-champ. Autant le dire tout de suite, j’ai adoré ce livre.

Le personnage principal de cette aventure est Joseph Rouletabille, un jeune reporter qui a un certain talent pour résoudre les affaires sans réponse grâce au « bon bout de sa raison », comme il dit. Pour cela, il s’appuie sur un sens du détail et de la logique très pointu. Il est souvent le seul à remarquer certaines choses et en tire des conclusions absolument logiques mais auquel on n’aurait pas pensé. Dans cette étrange affaire, il est le seul à y voir clair. J’ai beaucoup aimé Rouletabille, particulièrement ses méthodes parfois originales pour s’immiscer dans les affaires, son mystère, son intelligence stupéfiante et sa logique farouche qui lui donne un mode de réflexion original. Mais Rouletabille n’est pas le narrateur de cette histoire, il s’agit en fait de Sinclair, avocat ayant beaucoup de temps libre et sorte de « Watson » de Rouletabille.

D’ailleurs, les parallèles que l’on peut faire avec Sherlock Holmes et Watson sont assez nombreux : Sinclair écrit un livre pour rapporter cette aventure (comme Watson), Rouletabille a toujours un train d’avance dans ses réflexions et n’en fait pas toujours pars, il est parfois condescendant vis-à-vis de ceux qui ne trouvent pas la solution aussi facilement que lui et il embarque Sinclair avec lui dans ses aventures sans lui demander son avis. Disons que le schéma de basse est le même et personnellement j’ai beaucoup aimé, mais ce parallèle n’aurait surement pas plu à l’auteur qui pendant tout le livre n’arrête pas de descendre l’œuvre de Doyle (Sherlock) et celle de Poe (Le Double assassinat de la rue Morgue, en particulier) en disant que les réflexions de leurs personnages ne sont pas crédibles et que Rouletabille réfléchit mieux et avec plus de logique. Alors là, je dis non !! On n’insulte pas Sherlock Holmes comme ça ! Je comprends que l’envie de surpasser Conan Doyle (le maitre en matière d’intrigue) mais on ne rabaisse pas Sherlock !! D’ailleurs, les réflexions « littéraires » inspirés des méthodes d’Holmes sont incarnées par Frédéric Larsan, enquêteur de renom, héros de Rouletabille qui se retrouve cette fois en compétition avec le jeune reporter. J’aime beaucoup cette « rivalité » puisque tous les deux ne voient pas l’enquête de la même façon, ce qui apporte une dynamique particulière à l’enquête, mais on ne s’attaque pas Sherlock au passage ! Bon, j’accepte de fermer les yeux pour cette fois (mais je ne cautionne pas), parce que le livre est génial, mais que ça ne se reproduise plus !!

Qui dit roman policier, dit intrigue qui doit tenir la route, nous faire réfléchir, nous passionner et nous surprendre (du moins c’est ce que j’attends, moi, d’un policier) et cette fois le contrat est amplement rempli. Comme Rouletabille, je suis arrivée sur les lieux du crime avec une idée en tête, une explication possible. Dès le début, les indices écartent les solutions trop faciles. En plus de l’enquête passionnante, mais qui pourrait tourner en rond si on n’avait pas d’autres indices, d’autres événements se passent et font avancer l’enquête (pour Rouletabille) et épaississent le mystère (pour le commun des mortels). On se retourne le cerveau dans cette enquête, cherchant le coupable, envisageant toutes les solutions possibles et pourtant à la fin on est surpris par le dénouement qu’on n’avait pas vu venir. Personnellement, mon idée de base constitue une partie de la réponse (la moitié du comment), mais que ce soit l’identité de l’assassin ou comment il s’y est pris exactement, ça je ne l’avais vraiment pas vu venir. On a affaire à une intrigue riche, passionnante, prenante et surprenante, donc je n’ai pu qu’adorer. Le suspense est maintenu jusqu’au bout pour connaitre le pourquoi du comment et ça j’ai adoré. On est même tenu en haleine après la fin du roman par les nombreuses références au « parfum de la dame en noir » que fait mélancoliquement Rouletabille et qui reste très mystérieuse pour nous. Heureusement c’est le sujet du tome 2.

Ce livre est un classique de la littérature et quand on lit on comprend pourquoi il a traversé le temps. Personnellement, j’ai un à-priori avec les classiques, je pense toujours que ça va être assez pénible à lire, avec une écriture assez pesante (merci les mauvais souvenirs de lectures obligatoires de ma scolarité !!) et là miracle ce n’est pas du tout le cas (ce qui arrive relativement souvent avec cet à-priori). J’ai adoré l’écriture simple et efficace de Gaston Leroux. Certes, le vocabulaire est un peu daté mais c’est dans l’ensemble facilement compréhensible. J’ai beaucoup aimé la volonté de « faire vrai » du livre, avec Sinclair qui nous rapporte les événements en précisant que ça s’est réellement passé. Comme c’est un récit à posteriori, on a accès à de nombreuses sources, qui nous permettent d’avoir plus d’informations que Sinclair au moment de l’affaire : en particulier les comptes-rendus d’interrogatoire ou les carnets de Rouletabille qui fait avancer les réflexions. Les changements de narrations permettent de faire avancer l’intrigue et donne un effet de réel vraiment puissant, surtout quand Rouletabille dénigre la logique des romans policiers. Tout cela crée un livre passionnant et addictif.

En conclusion :

Un roman policier comme je les adore : facile à lire (dans le style) mais en même temps prenant, intelligent, surprenant et passionnant. Avec des personnages hauts en couleur et un mystère qui semble insoluble, on est rapidement pris au jeu et une fois commencé, c’est compliqué de le lâcher. Bref, un vrai coup de cœur.

Sur ce, bonne lecture à tous. Et n’hésitez pas à me laisser en commentaire vos avis. Qu’est-ce que vous avez pensé de ce livre ? Est-ce qu’il vous tente ?

Note: 5/5 : un coup de cœur

  • qualité d’écriture: 5/5
  • personnages: 5/5
  • monde: 5/5
  • plaisir de lire: 5/5

Citation:

« Je me trouve plus abject, plus bas dans l’échelle des intelligences que ces agents de la Sûreté imaginés par les romanciers modernes, agents qui ont acquis leur méthode dans la lecture des romans d’Edgar Poe ou de Conan Doyle. Ah ! agents littéraires … qui bâtissez des montagnes de stupidité avec un pas dans le sable, avec le dessin d’une main sur un mur ! « à toi, Frédéric Larsan, à toi, l’agent littéraire ! … Tu as trop lu Conan Doyle, mon vieux ! … Sherlock Holmes te fera faire des bêtises, des bêtises de raisonnement plus énorme que celles qu’on lit dans les livres … Elle te feront arrêter un innocent … Avec ta méthode à la Conan Doyle, tu as su convaincre le chef de la Sûreté … tout le monde … » (exemple d’attaque contre Sherlock Holmes)

« – C’est un système bien dangereux, monsieur Fred, bien dangereux, que celui qui consiste à partir de l’idée que l’on se fait de l’assassin pour arriver aux preuves dont on a besoin !… Cela pourrait mener loin… Prenez garde à l’erreur judiciaire, monsieur Fred ; elle vous guette !… »

« Qui dit : auteur, dit toujours un peu : romancier, et, Dieu merci, le « mystère de la Chambre Jaune » est assez plein de tragique horreur réelle pour se passer de littérature. Je ne suis et ne veux être qu’un fidèle « rapporteur ». »

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9 réflexions sur “Le mystère de la Chambre en Jaune de Gaston Leroux

  1. Je l’ai lu il y a quelques années, et je peux te dire qu’il m’a marqué ! Tout comme toi, j’adore le style policier, et celui – ci ma tenu en haleine. J’ai pas réussi à deviner la fin avant le lire. Ah la la ça fat plaisir de voir qu’il séduit toujours !
    Ps : super chronique !

    Kundle

    Aimé par 1 personne

    • Merci ! ça me fait plaisir que ma chronique t’ai plu.
      Ce livre est vraiment un classique qui ne veillait pas. L’intrigue est tellement efficace et inattendue que ça marche forcément. C’est vraiment le genre de policier dont on se souvient. ça fait du bien ce genre de livre 😉

      Aimé par 1 personne

  2. Comme le monde est petit, c’est le livre que j’ai lu au mois de Juillet ! 😉 J’ai adoré également, il tient bien en haleine ! 😉 Et je vois tout à fait ce que tu veux dire par le fait qu’on voit que le duo Rouletabille et Sinclair, ne sont autre qu’un duo similaire de Sherlock Holmes et John Watson ! 😉 Ça m’a encore plus frappé par rapport que j’ai lu il y a pas si longtemps, un roman de Sir Arthur Conan Doyle sur les aventures de Holmes et Watson ! ^^

    Aimé par 1 personne

    • Sacré coïncidence ! C’est vrai que le duo Rouletabille/Sinclair fonctionne comme celui Sherlock/Watson, alors même que l’auteur passe une bonne partie du livre a « dénigré » l’œuvre de Conan Doyle. La parallèle a du effectivement te sauter aux yeux.
      Quel Sherlock Holmes as-tu lu ? Est-ce qu’il t’a plu ?

      Aimé par 1 personne

      • En effet ! ^^ Oui, c’est ça qui m’a le plus surprise dans ma lecture, comment certaines enquêtes de Sherlock Holmes soient « dénigrés » dans ce roman, alors que la chose primordiale qui ressort de ce roman est la relation entre Rouletabille et Sinclair, qui est vraiment « pareil » que celle de Holmes et Watson dans les romans de Conan Doyle ! Les deux relations sont exactement construites de la même façon, s’en est troublant parfois ! 😉
        Pour le moment, j’ai lu que le livre « Le chien des Baskerville » sur Sherlock Holmes et j’ai adoré ! 🙂 J’ai hâte de pouvoir en lire un autre ! 😉 Je te les conseils, c’est aussi bon que « Le Mystère de la chambre jaune » ! ^^ PS : et maintenant je sais, que Steven Moffat a admirablement adapté la relation entre Holmes et Watson dans la série anglaise Sherlock, car c’est carrément comme ça que leu relation fonctionne dans les romans ! 😉

        Aimé par 1 personne

      • ça m’a aussi beaucoup surprise le fait de « dénigrer » l’œuvre de Doyle, voire ça a un peu gêné ma lecture, surtout que je ne comprend pas pourquoi l’auteur le fait. Je trouve ça un peu gratuit et surtout redondant (car il ne le fait malheureusement pas qu’une fois)
        Sinon, je crois que je ne vais pas tarder à franchir le cap et enfin le lire les Sherlock Holmes. ça fait un moment que j’en ai de plus en plus envie, même si j’ai vraiment peur d’être déçue (vu mon adoration pour le personnage de Sherlock). Mais il faut que je me lance. Ce que tu dis me rassure, car je suis fan du duo Watson/ Holmes dans Sherlock.

        Aimé par 1 personne

      • Et oui, ce n’est pas qu’une fois dans le roman… Surtout, je comprends pas pourquoi il a fait ça, quand a côté, il a fait une « copie » de la relation Holmes/Watson avec ses propres personnages !
        Très sincèrement, vas-y, si tu as aimé ce livre, tu ne peux que aimer les aventures de Holmes et Watson par Conan Doyle ! 😉 Et en plus, si tu aimes la dynamique entre les deux dans la série, tu vas vraiment apprécier leurs personnages dans les romans ! 😉

        Aimé par 1 personne

  3. Pingback: Le parfum de la dame en noir de Gaston Leroux | Lestrange in wonderland

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