D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

106980467_oPrésentation :

Auteur : Delphine de Vigan

Genre : (c’est là toute la question du roman) pour faire simple on va dire contemporain

Date : 2015

Édition : JC Lattès

Résumé :

Sacré défi que de résumer ce livre, même l’éditeur ne s’y est pas risqué sur la quatrième de couverture. Ça va être un peu complexe, va falloir suivre.

Dans ce livre, Delphine de Vigan se met en scène, en tant qu’écrivain (vous commencez à voir la difficulté ?) un peu dépassé par le succès qu’elle n’avait pas prévu de son dernier livre en grande partie autobiographique (Rien ne s’oppose à la nuit, le vrai précédent livre de l’auteure). Alors qu’elle s’apprête à se lancer dans un nouveau livre, elle rencontre L., une jeune femme qui écrit des autobiographies de personnalités. L. prend très rapidement une grande place dans la vie de Delphine de Vigan (le « personnage »). L’aide de L. va être précieuse quand Delphine de Vigan va se retrouver en panne d’inspiration pour son prochain roman. Mais sa relation, dont on est prévenu dès le début qu’elle va mal se terminer, prend peu à peu un tour assez étrange, voire malsain. En plus d’analyser cette relation Delphine de Vigan (l’auteure), s’amuse à brouiller la frontière entre réalité et fiction, et s’interroge sur cette frontière, sur l’écriture, la panne d’inspiration et sur les attentes des lecteurs.

Avis :

Avant tout, il faut savoir que j’aime beaucoup les précédents livres de Delphine de Vigan. Je les ai tous lu à deux exceptions près : Les Jolis Garçons et Rien ne s’oppose à la nuit. Pour le dernier, ça peut paraître étonnant, mais j’aimais tellement ses autres livres que j’avais peur d’être déçue par ce récit autobiographique sur sa mère. Pour en revenir à D’après une histoire vraie, on m’a offert ce livre à Noël et il est resté dans ma PAL depuis, parce que d’après les avis que j’en avais lu, soit on l’adore soit on le déteste. J’avais donc un peu peur de le sortir. Même maintenant que je l’ai fini, je ne sais toujours pas quoi en pensé tellement il est particulier et perturbant. D’ailleurs je vais essayer d’organiser mes idées mais je m’excuse d’avance si c’est un peu brouillon. J’ai fini le livre il y a quelques heures et que j’en suis encore chamboulée.

Une dernière précision avant de commencer : je pense que ce livre s’adresse à des lecteurs qui connaissent les autres livres de Delphine de Vigan (en particulier Rien ne s’oppose à la nuit dont elle parle beaucoup) car elle y fait souvent référence sans les nommer clairement. Mais je ne sais pas jusqu’à quel point ça peut gêner la lecture. Moi par exemple, je n’ai pas lu à Rien ne s’oppose la nuit, mais ça ne m’a pas tellement gêné parce que j’ai lu Jours sans faim, dans lequel elle parlait déjà un peu de sa famille, ce qui m’a permis de comprendre les allusions qu’elle y fait. Mais ça m’a donné envie de lire Rien ne s’oppose à la nuit, même si ça n’a pas fait disparaitre toutes mes craintes au sujet des autobiographies, bien au contraire.

Bon il est temps de rentrer dans le vif du sujet. Il y a un double thème dans ce livre : d’une part la rencontre et la relation que noue L. et l’auteure et de l’autre une réflexion sur l’écriture. Arrêtons-nous un peu sur ce deuxième point. On reviendra après sur l’autre. Ce roman développe des interrogations fortes sur la fiction et le réel. Un roman doit-il (peut-il) être une pure fiction ? Ou au contraire doit-on rechercher le réel, s’inspirer de lui ? C’est à ces questions récurrentes qu’est confrontée l’auteure. Mais en plus de revenir de nombreuses fois dans l’histoire, cette interrogation est posée par le roman lui-même. De par son titre D’après une histoire vraie du personnage principal qui est Delphine de Vigan elle-même et ses nombreuses références concrètes tant à la vie de l’auteure qu’à ses écrits précédents, on est amené à s’interroger sur la nature de ce livre. Est-ce que c’est une fiction ? Une autobiographie ? Une autofiction ? Et dans ce cas, où commence la fiction et où s’arrête le réel ? Toutes ces questions ont gêné un peu ma lecture, parce que je sentais que tant que je n’aurais pas de réponse à ces questions je ne pourrais pas me laisser emporter par l’histoire. Quand on lit un livre, on passe un contrat avec l’auteur : si c’est de la fiction on lui dit : « ok pendant que je lis je vais faire abstraction de la réalité et croire ce que tu me racontes ». C’est ce qui nous permet de croire que les sorciers existent, de voyager dans le temps et tout le reste. Alors que quand on lit une autobiographie, on veut du réel et on est intransigeant avec l’auteur. Mais ce roman joue sur le flou, sur l’entre-deux. Il ne se définit jamais, ce qui nous pousse, nous lecteur, à interroger ces catégories. Je pense que c’est ce que l’auteure cherchait à faire, et ça m’a dérangé un bon moment, jusqu’à ce que je décide que ça m’importait peu. J’ai trouvé très intéressante cette façon d’amener la question, tout comme la question elle-même, mais je n’ai pas aimé la récurrence avec elle revenait au sein de l’histoire. Étant donné que le livre est lui-même cette interrogation, je ne pense qu’il était nécessaire de revenir dessus autant de fois. Du coup, ça case un peu le rythme et à force de voir cette question revenir, on perd de vue l’autre fil de l’intrigue, et on a parfois l’impression de lire un livre théorique, ce qui est vraiment dommage. Autant j’ai aimé la mise en abyme (même si au début j’ai eu du mal) autant il y a trop de théorie (même si c’est intéressant).

L’histoire, et cette remise en question au sein du livre, se passe à un moment précis : après la sortie de Rien ne s’oppose à la nuit, l’auteure se demande après ce livre autobiographique si elle peut revenir à la fiction, ou si elle doit continuer dans l’autobiographie. Elle s’interroge sur la suite de sa carrière littéraire. Cet aspect de l’histoire ne m’a pas convaincue. Non pas que je trouve les doutes et les interrogations de l’auteure déplacés, au contraire c’était assez intéressant mais parce que voir les conséquences de la sortie de l’autobiographie sur la vie de l’auteure m’a dérangé, comme si ce n’était pas ma place, que moi lectrice je n’avais pas à voir ça. Ce qui m’a surtout contrarié c’est qu’elle était presque en train de se plaindre du succès de son livre et qu’il ai pu trouver un tel écho sur les gens. Cet aspect-là, a failli me faire reposer le livre. C’était comme si elle se prenait trop sérieux. Bref, ça m’a perturbé et dérangé cette mise en abime de l’écrivain à succès qui se raconte dans son livre.

Par contre, j’ai adoré la façon dont elle raconte « sa » relation avec L. Cette relation qui se noue entre les deux et qui se transforme de façon sournoise est la raison pour laquelle j’ai aimé le roman. Ce sont les passages du livre qui ont fait que je n’ai pas pu interrompre ma lecture. Dans ces parties ,j’ai retrouvé ce que j’aime dans les livres de Delphine de Vigan : sa manière de raconter les histoires, de décrire les personnages, ce don qu’elle a de voir ce qu’on pense être les seuls à voir ou à faire. Mais ce que j’aime surtout chez Delphine de Vigan c’est ses personnages, à la fois forts et avec des failles immenses. Elle trouve toujours les mots justes pour décrire ces recoins obscurs qu’on a en nous, nos cicatrices qu’on met un point d’honneur à cacher, nos névroses, nos failles, nos blessures intimes. C’est cette sensibilité dans son écriture qui remue quelque chose d’intime en moi et j’ai toujours un rapport très personnel et émotionnel à ses personnages. Ici aussi c’est le cas. C’est ce style là que j’ai retrouvé avec plaisir dans ce roman. Plus que l’histoire elle-même, c’est cette façon de trouver les mots exacts pour parler de nos failles, qui fait que j’aime le roman. Le style et l’écriture de Delphine de Vigan sont toujours aussi bouleversants, sensibles, presque intimes mais surtout justes.

Et c’est cette justesse qu’on retrouve chez les personnages. Le « personnage » de Delphine est attachant avec ses failles, ses doutes, ses interrogations. Mais encore une fois, le problème de la frontière entre réelle et fiction se pose dans notre approche du personnage. Où s’arrête le personnage et où commence l’auteure ? Le personnage L. lui pose un autre problème. Dès le début du roman, « l’auteure » nous met en garde contre L, nous rappelant souvent le mal qu’elle lui a fait. Mais malgré cette mise en garde, j’ai été fascinée par L. Il est très dur de parler d’elle sans vous gâcher la lecture, donc je  vais rester assez vague. Ce personnage est central dans l’histoire, et assez énigmatique. On ne sait pas qui elle est vraiment. Bien qu’au cœur du roman, c’est un personnage secret qui en devient fascinant et troublant. Toute l’intrigue qui tourne autour d’elle est génial. On se perd en hypothèses sur le pourquoi et le comment. La dernière partie du roman est juste incroyable, parce qu’elle tourne presque exclusivement autour de L. et qui est-elle est vraiment. On se serait cru dans un triller ou dans épisode d’Esprits Criminels ! J’ai adoré cette tension que j’attendais depuis le début du roman. Mais je ne suis contente qu’elle n’arrive qu’à ce moment-là, parce que tout ce qui se passe avant met lentement les choses en place pour en arriver là mais de façon presque implacable. Bref, j’ai adoré la partie de l’histoire avec L. Et la fin* (non ce n’est pas une faute de frappe ceux qui l’ont lu me comprendront) apporte ou plutôt renforce un axe de lecteur à ce personnage qui en avait déjà beaucoup.

En conclusion :

Alors voilà, j’ai bien conscience que c’est un avis très personnel mais c’est une de raison pour lesquelles j’aime les livres de Delphine de Vigan : ce rapport intime qui nous lie à eux. En tout cas, ce livre est différent des autres que j’ai pu lire de cette auteure, tant par sa forme que par sa nature. Il mène une réflexion intéressante, quoique peut être un peu trop présente sur la fiction et le réel. Mais c’est une histoire fascinante, ce qui rattrape les aspects plus négatifs. Je pense que ce livre vaut la peine d’être lu, au moins pour que vous puissiez vous faire votre propre idée. Au final, je n’arrive pas à savoir si je ça a été un coup de cœur ou pas, voire même si j’ai aimé ce livre. Je suis passé par des moments d’adoration et d’autres de rejet. En tout cas, je peux dire que ce livre ne m’a pas laissé indifférente et qu’il a une place particulière dans mon esprit.

Sur ce, bonne lecture à tous. Et n’hésitez pas à me laisser en commentaire vos avis. Qu’est-ce que vous avez pensé de ce livre ? Est-ce qu’il vous tente ?

Note: 4,5/5

  • qualité d’écriture: 5/5
  • personnages: 5/5
  • monde: 4/5
  • plaisir de lire: 4/5

Citation :

 « Est-ce que chacun de nous a ressenti cela au moins une fois dans sa vie, la tentation du saccage ? Ce vertige soudain – tout détruire, tout anéantir, tout pulvériser – parce qu’il suffirait de quelques mots bien choisis, bien affûtés, bien aiguisés, des mots venus d’on ne sait où, des mots qui blessent, qui font mouche, irrémédiables, qu’on ne peut pas effacer. Est-ce que chacun de nous a ressenti cela au moins une fois, cette rage étrange, sourde, destructrice, parce qu’il suffirait de si peu de choses, finalement, pour que tout soit dévasté ? Voilà exactement ce que j’ai éprouvé ce soir-là : j’étais capable de prendre les devants, saboter moi-même tout ce à quoi je tenais, tout détruire pour n’avoir plus rien à perdre. Voilà ce qui m’a submergée, l’idée folle que le moment était venu de mettre fin à tout ça, la parenthèse enchantée et toutes les conneries de ce genre auxquelles j’avais fini par croire, je pensais avoir rencontré un homme capable de m’aimer, de me comprendre, de me suivre, de me supporter, mais en fait non, ha ha, tout cela n’était qu’un leurre, une belle arnaque à laquelle il était grand temps de mettre un terme. Et les mots de la blessure irréparable je les connaissais, je connaissais le point faible, le talon d’Achille, il suffisait de viser juste, au bon endroit, en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, ce serait plié.

Voilà ce que L. avait réactivé : la personne insécurisée en moi capable de tout détruire »

« De certains mots, de certains regards, on ne guérit pas. Malgré le temps passé, malgré la douceur d’autres mots et d’autres regards. »

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5 réflexions sur “D’après une histoire vraie de Delphine de Vigan

  1. Un roman étrange entre fiction et réalité, des blessures par mots interposés… Se bat-on à la page blanche ou une arme de ‘point’ en main? Merci d’éveiller ma curiosité.

    @ maïssa : il m’a semblé que vous vouliez écrire point d’honneur, et non donneur. Cela dit les mots lorsqu’ils jouent sous nos doigts ou notre langue m’amusent autant qu’ils m’interrogent avec sérieux : est-ce qu’ici on ne pourrait pas imaginer que vous ayez saupoudré autour de votre phrase un précieux remède, une sorte de point final à nos cicatrices cachées, l’idée de donner fin à leur existence camouflée et ainsi leur donner jour, présence, pour mieux les panser, les penser, alors ce serait vers soi un acte généreux, la confiance semée à nouveau, un point donneur?
    Ensuite il ne resterait qu’à souffler dessus. Ouste la blessure et ses maux,
    juste une petite marque pour indiquer un renouveau,
    le moment où l’énergie se régénère…
    mais, sans doute, j’exagère,
    disons que
    je pousse
    un peu chaque jour.

    Bonne continuation.

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